Il est si beau
ce crépuscule cristallin
que
j’ ai peur de respirer.


***

La lumière
comme une résine gluante
ranime les fleurs argentées :
senteur amère d'avril dans les abricotiers.

***

Comme les fleurs de mirabelle
je me suis éparpillée
dans la lumière.
Dans le rêve
je t’approche
et tu ne sais te défendre.

***

Matinée.
Infinie patience que
celle de se pencher sur un escargot
pour l’aider à traverser la rue.

***

Sur le bureau, parmi les animaux en peluche
dans leur impassibilité –
le chat.
Rien que ses yeux mystérieusement perçants
qui le trahissent.

***

Le froufrou
des piafs
dans les chrysanthèmes flétris.
Mes paupières tombent -
guillotine qur le monde

***

L' immeuble d'en face
me prend pour un objet.
Et j'en souffre.

***

Et la Musique –
n’est-elle le souvenir de l’esprit
errant parmi les étoiles ?
Le souvenir du vol ?

***

Mes pensées errantes.
Tu pourrais me les renvoyer,
il ne faut qu'un peu de peine.
Un signe de la main.
Ne les sens-tu
effleurer ton visage ?

***

Loin, plus loin
sous les paupières
le noir enchaïne comme dans un précipice
l'émotion.

***

Le temps est morne. Gris.
Lourd.
Cependant je vais me transformer dans un poisson d’argent.
Un jour quelqu’un aura besoin de moi.
Un jour.

***

Homme venu de nulle part
veux-tu
être mon trouble ?

***

A peine fini
le poème me chasse.
Empressé,
son Dieu pieds nus
l'arpente.

***

Fardeau de sang,
mon corps agace les dents du colosse
en train de me mâcher.

***

Assourdissante lumière :
la poésie
affûte ses griffes

 

Ioana Geacăr

 

(Traduction : Marius Bădiţescu)

 

 

 "Rosée pleurante"
collection Franche Lippée - n°293,
Editions Clapas, 2006

 

 

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