France - 2008
Scénario : Agnès Varda,
Photographie : Alain Sakot, Hélène Louvart, Julia Fabry, Jean-Baptiste Morin, Agnès Varda,
Montage : Agnès Varda, Jean-Baptiste Morin, Baptiste Filloux,
Musique : Joanna Bruzdowicz, Stéphane Vilar, Paule Cornet
Durée : 1h50
Mostra de Venise 2008, Sélection Officielle, Toronto 2008
SYNOPSIS
En revenant sur les plages qui ont marqué sa vie, Varda invente une forme d'autodocumentaire. Agnès se met en scène au milieu d'extraits de ses films, d'images et de reportages. Elle nous fait partager avec humour et émotion ses débuts de photographe de théâtre puis de cinéaste novatrice dans les années cinquante, sa vie avec Jacques Demy, son engagement féministe, ses voyages à Cuba, en Chine et aux USA, son parcours de productrice indépendante, sa vie de famille et son amour des plages. Une femme libre et curieuse !
LES PLAGES • NOTES • D’AGNÈS
"C'est une drôle d'idée de se mettre en scène et de filmer un autoportrait quand on a presque 80 ans. Cette idée a germé dans ma tête un jour, sur la plage de
Noirmoutier, quand j'ai réalisé que d'autres plages avaient marqué ma vie. Les plages sont devenues prétexte et chapiters naturels du film. Beaucoup de vieilles personnes ont envie de raconter
leur vie. Moi aussi. J'ai souhaité transmettre à mes proches et à d'autres quelques-uns des faits et travaux de mon parcours de vie."
Quelques mots du vieux Montaigne (dans sa préface des Essais, 1595) m’ont confortée dans ce projet.
“Je l’ai voué (mon livre) à la commodité particulière de mes parents et amis : à ce que m’ayant perdu (ce qu’ils ont à faire bientôt) ils y puissent retrouver certaines de mes conditions et
humeurs, et que par ce moyen ils nourrissent plus entière et plus vive, la connaisance qu’ils ont eue de moi.”
Mes enfants et petits enfants ont accepté d’entrer dans mon jeu et de composer pour moi une famille dont les images sont rêveuses.
Mais auront-ils de moi une connaissance plus entière et plus vive? Et mes amis, et les autres?
Quelques demandes m’avaient été faites de me prêter à un portrait documentaire mais allais-je déballer mes souvenirs, des objets et des photos pour des inconnus, qui en feraient le tri selon leur goût (et cela eût été normal).
Non! Autant choisir moi-même ou avec un ami. Didier Rouget, donc, m’a incitée à commencer ce projet en coréalisant avec moi la première séquence sur une plage belge, liée à mes souvenirs
d’enfance. La chance nous a offert du vent… et des surfeurs qui passaient à la queueleu-leu.
J’y ai vu une bonne raison de continuer le film, mais seule avec mes images, mes souvenirs et mon désir de mélanger le présent -fût-il mis en scène- avec des vrais documents, des scènes de mes films, des bribes de mes créations diverses. Montrer aussi des peintures que j’aime. Parler des absents comme s’ils étaient là.
Parler de moi a pris un sens quand mon but a été de trouver une forme, une cinécriture pour faire un film de ce fouillis qui émerge sporadiquement de ma mémoire.
C’est clairement un collage qui s’est mis en place lentement, le temps qu’il faut pour compléter un puzzle, pour qu’à la fin, une figure ou un paysage se compose ou se brouille en kaleidoscope.
Les extraits de mes films ont été traités comme si l’ensemble de mes films était une banque de données et que je pouvais utiliser une scène de fiction ou de documentaire hors de son contexte. J’ai inclus aussi des photographies comme celles que j’ai faites pour Vilar au Festival d’Avignon ou celles de mes reportages sur la Chine en 1957 et sur la Révolution Cubaine en 1962.
C’est l’ensemble de mon travail qui me raconte, plus encore que mes propos.
Il y a enfin ma rencontre avec Jacques Demy, notre vie commune avec des hauts et des bas, nos enfants, le cinéma, nos voyages puis sa maladie et sa mort. Cette belle aventure d’amour, une grande part de ma vie, s’est naturellement intégrée dans ma vie de cinéaste et dans ce film.
Les décors (reconstitution de la cour de la maison, baleine, fausse voiture et installations sur
la plage de Sète, etc) sont de Franckie Diago (Vers le Sud de Laurent Cantet et… en 1976, L’une Chante l’Autre pas, avec moi).
Les costumes. J’ai porté mes propres habits puisqu’on tournait un docu. J’ai même, dans ma garde-robe, un costume de patate !
Les miroirs, outils par excellence de l’autoportrait, reflètent plus la Mer du Nord, la caméra et d’autres visages que le mien. Par exemple, ceux d’une brigade de jeunes venus d’une Ecole de Cinéma à Louvain qui a assuré le transport des miroirs à travers les dunes, en plein vent.
La plage de Sète, celle de mon adolescence et après, je l’ai filmée avec plaisir. Ce fut l’occasion de retourner avec une caméra au quartier de la
Pointe Courte, 53 ans après mon premier tournage (et de filmer à nouveau les Joutes, tournois de fête et festival de blanc).
J’ai rêvassé, je me voyais naviguer en barque à voile latine sur les canaux de Sète puis sur la Seine à Paris.
Un des buts du cinéma est de faire exister les rêveries.
Une autre rêverie: voir évoluer des trapézistes voltigeurs sur fond de mer. J’ai été rendre visite au Grand Dédé, en pleine campagne du Gard à Champelanson. De loin, j’ai vu le portique dans une combe. Il dirige la Compagnie de Lendemains. Rendez-vous à la plage de Sète. Dédé, Emma, Crevette et Gilles sont arrivés dans leur énorme camion. Deux jours pour monter le portique. Quatre ou cinq séries de voltige à des heures différentes sur deux jours, filmés depuis une tour de 10 mètres érigée par les machinos. Tout un jour pour démonter. Ils sont repartis, les forains.
A Los Angeles, les plages de Venice et de Santa Monica, on les a connues, Jacques et moi, à chacun de nos séjours. Elles ont été nos décors de vie
et de films, du moins pour moi, dont un film très triste.
Une jetée qui s’élance dans le Pacifique au bout du bout de la ruée vers l’Ouest. Des pic-nics à la plage. Des rencontres, les jeunes Harrison Ford et Jim Morrison, les Knop and King, des
hippies, Viva! avec un! comme nom d’artiste. Les Black Panthers. Les peintures murales.
Les plages de Noirmoutier, et spécialement celle de La Guérinière, sont vastes et famillères. L’amour en partage et l’espace en cadeau. Le temps de
réfléchir à pourquoi et comment être cinéaste dans un monde qui va si mal.
La vie locale et les veuves de l’île mais aussi les jeux des enfants m’ont inspiré des films et des installations, y compris une cabane de cinéma, faite des pellicules de bobines récupérées d’un
film, après échec.
Le féminisme est présent dans mon film, même s’il n’est pas “tendance”. On ne parle pas assez de ce combat qu’il ne faut pas abandonner.
Des chats. On en voit quelques uns dans le film, dont la belle et tendre Zgougou, à qui j ai fait un tombeau. Et puis le fameux Guillaumeen-Egypte, alias Chris Marker.
Montage et commentaires. J’ai travaillé longuement avec deux jeunes chefs monteurs épatants Jean-Baptiste Morin et Baptiste Filloux, sur deux
stations de montage avec des disques durs pleins comme des oeufs durs, tant on avait des “rushes” de tournage et des tonnes d’archives.
J’ai battu mon record de temps de montage. Alternant tournage et montage, depuis mars 2007, j’écrivais le commentaire et j’inventais le film de jour en jour. Les extraits de mes films
s’inséraient puis disparaissaient à nouveau, des entretiens étaient mis de côté. J’improvisais des petits tournages “à la main”, j’écrivais de nouveaux commentaires, j’allais filmer des
peintures, on montait…
La séquence de mon anniversaire (80 balais, ça se fête) n’était d’autant pas prévue que c’était une surprise. Elle a été montée avec quelques plans volés aux copains et avec leurs photos.
Musiques. Un peu de musique originale. Un beau thème, la Sonate pour deux coeurs de Joanna Bruzdowicz et des extraits de ses autres musiques
composées pour Sans toit ni loi et Jacquot de Nantes.
D’autres créations de Stéphane Vilar et de Paule Cornet.
On entend aussi du Georges Delerue, en extraits musicaux de L’Opera-Mouffe, Du côté de la côte et de Documenteur.
Quant à Pierre Barbaud, il avait composé une musique dodécaphonique pour La Pointe Courte en 1955, et une autre pour Les Créatures en 1967. Comme pour les extraits de films hors
contextes, les musiques de films, recyclées avec plaisir, isolées des images qu’elles accompagnaient, prennent un autre relief. C’est un des autres aspects du puzzle.
Ah le son ! A ce mélange d’images correspondent des sons mélangés, le son de mes récits, enregistré dans des lieux divers avec des timbres de voix un peu différents, le son mixé de mes films, des entretiens anciens et des musiques. La matière même de la piste sonore, faite de ces juxtapositions, a motivé le mixeur Olivier Goinard.
“Si on ouvrait les gens, on trouverait des paysages.
Moi, si on m’ouvrait, on trouverait des plages.” A.V.
(Extrait du dossier de presse, "Les plages d'Agnès")
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